Mieux se Déplacer à Bicyclette

S’éclairer à vélo : un peu de technique

Sécurité

Pourquoi un éclairage sur un vélo ? Deux raisons principales : voir et être vu, lorsque la visibilité naturelle est insuffisante : la nuit, mais aussi par temps brumeux, dans la pénombre, dans un tunnel… Avec les journées courtes et le temps maussade de l’hiver, l’éclairage vélo prend toute son importance.

Voir

En ville, l’éclairage d’un vélo sert rarement à y voir : en effet la plupart des voies sont éclairées, et même dans les coins de pénombre la luminosité ambiante est supérieure à ce que peut fournir une petite lampe de vélo, en tout cas suffisante pour se repérer. L’éclairage a donc essentiellement une fonction de signalisation, mais ne doit pas pour autant être négligé. En revanche, en zone rurale l’éclairage est indispensable à sa propre vision : les zones d’obscurité totale sont fréquentes, et le faisceau lumineux du phare est alors le seul fil d’Ariane permettant au cycliste de rester sur la chaussée ! Même si une faible lueur peut suffire pour voir son chemin, un phare de plus forte puissance améliore grandement le confort visuel (donc la sécurité), notamment en réduisant le temps d’adaptation de l’oeil après un éblouissement (passage d’un véhicule, fin de zone éclairée…).

Être vu

En ville comme à la campagne, la visibilité du cycliste est primordiale pour sa sécurité. Moins voyant que les autres véhicules du fait de son faible volume, ses ressources en énergie limitées ne lui permettent par ailleurs pas de disposer d’un éclairage d’égale puissance. Il faut donc jouer sur plusieurs tableaux :

 Les dispositifs d’éclairage passifs : réflecteurs, catadioptres, et autres bandeaux ou vêtements réfléchissants. Ils renvoient la lumière émise par les autres véhicules. Très efficaces, ils n’ont cependant d’utilité que lorsque le cycliste se trouve dans le faisceau des phares d’un véhicule, et ne renvoient pas toujours la lumière dans l’angle de vision du conducteur dudit véhicule.

 L’éclairage actif : il prend la relève des réflecteurs lorsque ceux-ci son inopérants. Exemple typique : vous arrivez à un carrefour et une voiture arrive à votre droite. N’étant pas encore dans ses phares, vos catadioptres ne lui sont pas visibles. Si vous n’avez pas d’éclairage, l’automobiliste risque de ne pas vous voir et de vous griller la priorité.

Garder à l’esprit que même si l’abondance de dispositifs éclairants ou réfléchissants ne peut que renforcer la visibilité du cycliste, l’important n’est pas tant d’en avoir beaucoup, mais plutôt de les avoir bien placés. En particulier, il est primordial d’avoir un éclairage assez puissant à l’avant, pour les raisons évoquées ci-dessus, tandis qu’à l’arrière un simple « accroche-oeil » lumineux suffit, car le cycliste se trouve déjà à portée de phares du véhicule suiveur.

Piles ou dynamo ?

Les éclairages à piles ont l’avantage d’être très faciles à installer (pas de fils, pas de problèmes de contact), et d’offrir un éclairage puissant, même à l’arrêt. Mais il ne faut pas perdre du vue qu’avec des ampoules à incandescence traditionnelles (qu’elles soient standard ou halogènes), l’autonomie reste limitée, quelques heures tout au plus : il faut donc vérifier l’état des piles régulièrement, contrainte qu’il est facile d’oublier. De plus la technologie des piles présente plusieurs inconvénients : baisse de puissance par temps froid, risque de « couler » et d’endommager les contacts par oxydation, coût et impact sur l’environnement élevés. On remplacera avantageusement les piles jetables par des accumulateurs rechargeables (CdNi, NiMh), nettement moins coûteux et plus pratiques à l’usage (prévoir 2 jeux d’accus pour ne jamais tomber en panne). Mais noter qu’à taille égale, la capacité des accus est en général plus faible que celle des piles. De plus, certains accus perdent leur charge lentement même s’ils ne sont pas utilisés, tandis que d’autres sont facilement endommagés en cas de surcharge ou de décharge incomplète ; et leur recyclage est aussi problématique que celui des piles en raison de leurs constituants toxiques. On le voit, ce n’est pas la panacée. Attention aussi à la qualité : souvent les boîtiers à piles monoblocs (ceux que les vendeurs mettent parfois sur les vélos neufs, afin de répondre à moindre coût à l’obligation légale de ne pas vendre de vélos sans éclairage…) sont de fabrication très médiocre : plastique fragile, mauvais contacts, fixation instable à cause du poids des piles…

L’éclairage à piles ne devient vraiment pratique que lorsqu’il est combiné avec la technologie des LEDs (voir ci-dessous) : leur consommation nettement plus faible que les ampoules donne une très grande durée de vie aux piles, de sorte qu’on peut presque oublier la hantise des piles vides quand on doit s’en servir. En particulier, les feux arrière rouges à LEDs, fixes ou clignotants, sont très pratiques : on les fixe où on veut (sur le vélo, ses vêtements, une sacoche…), et leur lumière vive est très visible. Ils constituent un bon complément à un éclairage traditionnel sur dynamo, notamment pour rester visible à l’arrêt.

La dynamo prélève une petite partie de l’énergie mécanique fournie par le cycliste pour la convertir en électricité. Avec elle, plus besoin de se préoccuper de changer ou recharger les piles. On lui reproche souvent de mal fonctionner, de ne pas éclairer suffisamment, ou de présenter une résistance au roulement excessive. En fait, là aussi tout est question de qualité : s’il est vrai que les dynamos installées en standard sur les vélos neufs sont très souvent de qualité médiocre, il existe également de très bons produits. Il existe trois types de dynamos :

 Les classiques, à entraînement latéral par galet sur le flanc du pneu. Leur défaut majeur est de patiner par temps de pluie, à moins de prendre un modèle haut de gamme : par exemple la Dymotec S6 de Busch et Müller, qui peut être équipée d’un galet « brosse métallique » garanti anti-patinage.

 Les modèles « sous bases arrière », qui se placent près du boîtier de pédalier et sont entraînées par la bande de roulement du pneu. Leur plus grande surface d’entraînement limite le patinage, et leur rendement est souvent supérieur. Il en existe actuellement un modèle fabriqué par Basta, à 50 euros. Un inconvénient : elles sont très exposées aux projections de boue et d’eau, et doivent donc être d’une résistance à toute épreuve.

 Les modèles dans le moyeu (« dynohubs ») : la Rolls des dynamos. Leur rendement est exceptionnel, avec une résistance au roulement insignifiante, et ils ne tombent jamais en panne. Leur installation nécessite cependant de changer la roue avant ou de la faire re-rayonner par un spécialiste, d’où un coût élevé à l’achat. De tels produits sont fabriqués notamment par Shimano ou Sanyo.

A titre de comparaison : si les dynamos latérales bas de gamme ont un rendement ne dépassant pas 30 %, le même type en qualité supérieure peut atteindre 40 % à 70 % ; les modèles « sous bases » se situent en général entre 50 % et 70 %, et les modèles dans le moyeu atteignent 90 % !

Autre reproche souvent entendu : la faible puissance lumineuse disponible. Les dynamos standard ont une puissance normalisée de 3 watts, répartie en général en 2,4W pour l’avant et 0,6W pour l’arrière. Avec cette puissance, on ne peut certes pas s’attendre à un projecteur de scène ; mais la technologie aidant, il est maintenant possible d’en obtenir un flux lumineux suffisamment intense, à l’aide d’ampoules halogènes et surtout de LEDs. Certains modèles haut de gamme fonctionnent à une puissance plus élevée, par exemple 6W ou 10W, sans ralentissement excessif grâce à leur meilleur rendement.

Les problèmes de contact, fréquents avec les modèles bas de gamme, peuvent être limités par l’usage de liaisons à cosses serties ou d’une meilleure étanchéité, ainsi qu’en faisant un câblage complet à 2 fils, plutôt que d’utiliser la masse du cadre, dont les boulonnages sont sujets à oxydation.

Quant au problème de l’extinction des feux à l’arrêt, il est très efficacement résolu par l’usage de feux à LED avec réserve d’énergie par condensateur, qui restent allumés quelques minutes après l’arrêt.

L’avenir : les LEDs

Quelle que soit la source d’énergie, piles, accus ou dynamo, la puissance électrique disponible sur un vélo reste limitée, à moins d’embarquer des kilos de batteries ou d’avoir les cuisses de Lance Armstrong. L’amélioration de l’éclairage passe donc par une optimisation des rendements, afin de tirer le maximum des quelques watts à disposition. Par rapport à l’ampoule classique, le modèle halogène apporte déjà un plus, avec un flux plus intense à puissance identique. Mais sa fragilité le rend peu adapté à la dynamo, à moins qu’il ne soit équipé d’un dispositif anti-surtension. Le vrai progrès en la matière est apporté par les LEDs.
D’une durée de vie quasi infinie (100 000 h environ, contre quelques centaines d’heures pour une ampoule classique), insensible aux chocs, et d’un rendement deux à dix fois supérieur aux lampes à incandescence, la LED est la source de lumière idéale pour le vélo.

Les LEDs rouges pour feu arrière sur piles sont déjà largement répandues ; deux petites piles AA ou boutons suffisent à leur assurer des dizaines d’heures d’autonomie. Couplées à un circuit électronique et un condensateur de forte capacité, elles peuvent être alimentées par dynamo et rester allumées jusqu’à 20 minutes après l’arrêt, sans piles ! (feux Busch & Müller Seculite Plus par exemple).

Mais depuis peu, il existe aussi sur le marché des LEDs blanches suffisamment puissantes pour constituer un éclairage. Plusieurs marques proposent maintenant des éclairages à piles équipés de ces LEDs pour le vélo : CatEye, Basta, etc. Le faisceau obtenu est impressionnant, et leur autonomie est plus que raisonnable. Mais le top du top vient tout juste de sortir : un éclairage à LEDs blanches, alimenté par dynamo, avec condensateur de réserve d’énergie pour l’arrêt. Actuellement ce produit existe chez Busch & Müller (D-Lumotec Topal, 59 €), mais semble peu diffusé en France. Gageons que les autres fabricants suivront et que cette technologie se démocratisera !


Petit lexique

  • Lampe (ou ampoule) à incandescence : c’est l’ampoule à filament classique. Son rendement lumineux est faible, l’essentiel de la puissance étant dissipée en chaleur.
  • Lampe à halogène : c’est une lampe à incandescence améliorée, l’ampoule est emplie d’un gaz halogène qui régénère le filament et permet à celui-ci de fonctionner à température plus élevée, émettant plus de lumière visible.
  • LED (Light Emissive Diode, ou diode à émission de lumière) : c’est un dispositif à jonction de semi-conducteurs, qui émet de la lumière lorsqu’il est parcouru par un courant. Les LEDs habituelles sont monochromatiques : elles n’émettent qu’une seule couleur (rouge, vert, jaune…). Il existe maintenant des LEDs émettant une lumière blanche : la technologie la plus courante consiste en une LED émettant dans le bleu, combinée à une couche de phosphores qui absorbe une partie de ce rayonnement et le réémet sous forme de jaune. Le résultat donne du blanc. Les techniques récentes de fabrication permettent d’obtenir des rendements nettement plus élevés que les ampoules à incandescence.

Benoît Branciard

Voir et être vu

Les journées d’hiver ont le triste privilège d’être courtes, et les éclairages de votre bicyclette sont d’autant plus sollicités. En milieu urbain, l’éclairage sur une bicyclette est absolument nécessaire pour être vu. Pour ce qui est de voir, l’éclairage public s’en charge. Il faut toujours avoir à l’esprit que les cyclistes sont des êtres invisibles aux yeux du citoyen motorisé… même le jour ! Alors lorsqu’il fait nuit, le cycliste aura tout intérêt, pour sa survie, à faire en sorte qu’il soit le plus visible possible, un peu comme une luciole !

Une tenue adaptée et de circonstance est alors indispensable. Mais force est de constater que beaucoup de cyclistes urbains ont une fâcheuse tendance à ne pas trop tenir compte de leur existence lorsque la nuit survient, en circulant avec une bicyclette dépourvue d’éclairages et en portant des vêtements sombres. En faisant une comparaison osée, la tentative de suicide est peut-être le comportement le plus proche. À moins qu’un bon nombre d’entre eux ne soient amateurs de sensations fortes.

Il existe des moyens simples qui peuvent vous garantir une lisibilité sur la chaussée lorsque l’on circule de nuit. Le moyen le plus efficace est sans doute le gilet, dossard ou chasuble dit de sécurité, ou plus couramment connu sous l’appellation de gilet de chantier. Ce gilet est généralement de couleur jaune ou orange fluorescente. Des bandes rétro-réfléchissantes la parcourent horizontalement, cependant les bandes en diagonale capteraient mieux le regard que les horizontales. Il existe néanmoins des modèles de gilets qui combinent des bandes horizontales et verticales. L’usage d’un tel gilet est également conseillé de jour. En effet, bien que les bandes rétro-réfléchissantes assurent la lisibilité de nuit (technologie 3M Scotch Lite), la couleur fluo ou orange permet d’être vu plus efficacement de jour, surtout par temps gris où la luminosité est plutôt assez faible.

Un tel accessoire indispensable est disponible chez un bon vélociste. Disponible également au rayon vêtements de travail ou de sécurité dans un magasin de bricolage. Les fournisseurs de vêtements professionnels possèdent eux aussi un tel article.

Ces bandes rétro-réfléchissantes sont également disponibles au détail. Avec un peu de savoir-faire dans le domaine de la couture, on peut recycler une vieille veste ou un coupe-vent en le transformant en vêtement de sécurité à usage cycliste. On prendra soin de placer les bandes assez haut dans le dos, par exemple, car c’est la zone de votre corps qui est vue en premier par les automobilistes. Ne pas oublier de placer des bandes sur les parties latérales de votre corps également, pour être vu sur les côtés lorsque vous vous engagez dans un croisement par exemple. Et pourquoi ne pas former le mot « VU » avec ces bandes dans le dos de votre veste. On peut aussi coudre autour de chaque bas de manche une bande rétro-réfléchissante. Ainsi, lorsque vous tendez votre bras pour signifier votre intention de changer de file de circulation, par exemple, vous rendez votre présence encore plus efficace, surtout si vous accompagnez votre geste de petits mouvements de haut en bas.

À défaut de pouvoir faire usage d’une machine à coudre, n’hésitez pas à utiliser ou à détourner de leur usage premier des accessoires comme, par exemple, des pinces à vélo réfléchissantes. Les plus efficaces sont celles qui ont une armature souple qui s’enroule toute seule (modèle « slap wrap »). Ces pinces à vélo sont d’autant plus efficaces que leur surface est entièrement réfléchissante. Enroulées au bas de votre pantalon, ces pinces assureront, avec le mouvement de vos jambes, une excellente lisibilité la nuit venue. Disponible chez les bons vélocistes et au local de MDB.

On ne le répétera jamais assez : de jour et surtout de nuit, le cycliste doit être vu ! Penser toujours à porter des vêtements de couleurs claires quand vous roulez la nuit. Le jour, les couleurs vives affirment votre présence, elles vous imposent dans les flots de la circulation… Sachez être une luciole la nuit et un rayon de soleil le jour !

Jean-René Ménard


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