Interdire le vélo dans les aires piétonnes, vraiment ?

Une vague d’interdictions de vélos s’abat actuellement sur la France. Des élus à Nice, Agen et désormais Lille, ont pris des arrêtés pour interdire le vélo dans leur centre piétonnier. À Paris, la maire du 9ème a défendu devant le conseil de Paris le vœu d’instaurer la même règle dans certaines rues piétonnes. Que penser de ces mesures ?

Tout d’abord, nous constatons que ces mesures sont principalement prises par des villes qui ont peu fait pour le vélo ces dernières années et se révèlent fort mal classées par le baromètre des villes cyclables de la FUB. À défaut d’avoir développé un réseau cyclable protégé et face à la croissance de l’usage du vélo, ces villes ne trouvent comme seule solution que d’interdire les vélos dans leurs centres piétons.

Des mesures anti-vélos

Ces mesures non proportionnées sont clairement des mesures anti-vélos. En effet, dans des villes construites pour faciliter la circulation automobile, ce type de mesure inflige aux personnes qui font le choix du vélo de l’insécurité routière, des détours et un effort supplémentaire qui découragent de manière significative l’usage du vélo dans ces villes. MDB souligne l’absurdité et l’iniquité des interdictions de circulation à vélo dans des aires piétonnes autorisées aux véhicules motorisés. Cela signifie qu’un riverain a le droit de rentrer chez lui en voiture mais pas à vélo. Cela signifie qu’un livreur a le droit de livrer en camionnette mais pas en vélo cargo. Ces décisions aboutissent à pénaliser ceux qui font l’effort de rouler à vélo par rapport à ceux qui sont en véhicules motorisés. L’interdiction doit être totale ou ne doit pas être. On n’imagine pas obliger les automobilistes à marcher à côté de leur voiture pour accéder à leur parking. Pourquoi l’imposer aux cyclistes ? 

On rappelle que la cohabitation entre piétons et cyclistes dans les aires piétonnes ne pose aucune difficulté dans la très grande majorité des cas. Si le comportement d’une minorité de cyclistes peut être problématique, ces comportements ne sauraient justifier des interdictions généralisées. Aucun des élus concernés ne propose d’interdire la voiture parce que certains automobilistes font des infractions, pourquoi en faire autant avec le vélo ? Faire respecter la priorité aux piétons par les autres usagers des aires piétonnes qu’ils soient à vélo, en voiture pour l’accès riverains ou pour des besoins de livraison relève de la compétence de ces mêmes élus dont les polices municipales peuvent mener des actions pédagogiques, de prévention et in fine de verbalisation.

Créer des alternatives

Les cyclistes évitent d’eux-mêmes les espaces à forte densité piétonne quand il existe des alternatives car la circulation à vélo y est rarement efficace. De fait, limiter la circulation à vélo en aire piétonne ne saurait s’appliquer utilement que dans des zones très spécifiques – où la densité piétonne le justifie – et à des horaires pertinents. La réalité d’une rue piétonne commerçante est très différente un matin en semaine d’un samedi après-midi et ne justifie donc pas une interdiction du vélo pendant toute la semaine. Elles doivent dans tous les cas permettre des exemptions pour les cyclistes les plus vulnérables comme les personnes touchées par le handicap qui roulent en tricycle par exemple, ou les familles avec des enfants, publics qui peuvent difficilement pousser leur vélo. 

Partout où cela est possible, nous suggérons de traiter la cohabitation entre piétons et cyclistes en créant une piste cyclable. Une manière de vérifier si une séparation fonctionne est d’en créer une de manière provisoire, comme l’a fait Châtillon (92), qui a testé avec succès une piste cyclable provisoire dans la rue André Gide piétonne filmée par FARàVélo :

Capture d'écran du tweet de FAR à vélo sur le réaménagement de la rue André Gide

Si la largeur pour aménager une séparation efficace manque vraiment, il faut proposer un itinéraire alternatif sécurisé et le plus efficace possible aux cyclistes. Cela signifie un détour minimal avec un relief minimal, à identifier en concertation avec les associations vélo. Les cyclistes seront les premiers à utiliser cet aménagement si il permet d’éviter la cohabitation avec les piétons. 

Dans tous les cas, une solution doit impérativement être élaborée en concertation avec l’ensemble des usagers. Les usagers apportent une expertise du terrain unique qui peut contribuer à trouver une solution qui évite les interdictions contreproductives. Les associations cyclistes disposent aussi du réseau nécessaire pour impliquer les professionnels à vélo de plus en plus nombreux, qui ont besoin d’accéder aux riverains. 

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