Ce travail est issu de trois ateliers impliquant les adhérent-e-s de MDB. Il a fait ensuite l’objet d’un débat interne, le samedi 18 janvier 2025. Ces propositions visent à donner des intentions, restent à expertiser et pour certaines, à décliner en mesures législatives ou normatives.
Volet 1 – Changer les comportements
1. Limiter la publicité pour toutes les voitures (dans les médias et dans les rues)
Pour changer les comportements, il est indispensable de changer les imaginaires autour de la voiture. Il est temps d’éliminer la publicité « mensongère » qui vante des voitures qui roulent toujours dans des espaces très éloignés de la réalité automobile : congestion, pollution, bruit, accident. L’interdiction de la publicité automobile peut paraître utopique à court terme, mais elle est essentielle pour changer le regard sur la promotion de ce mode de transport.
Dans un premier temps, chaque publicité automobile devrait a minima être associée à un message en faveur de la sécurité routière et les messages concernant la mobilité active devraient être renforcés. Enfin, toute référence à une domination liée à la possession d’une voiture serait proscrite.
2. Organiser une campagne gouvernementale de publicité massive en faveur du vélo
Elle serait financée par le gouvernement et diffusée dans les médias nationaux et locaux, pour marquer l’engagement de l’exécutif. Elle pourrait obtenir le label “grandes causes nationales” .
L’objectif est d’insister sur la vulnérabilité de tous les cyclistes face à tous les conducteurs – et pas seulement les SUV (comme pour les homicides routiers), en rappelant les chiffres d’accidents et sur leurs droits (pas d’obligation d’aller sur les pistes par exemple). Elle viserait aussi à montrer les multiples avantages du vélo pour tous les publics (pas cher, rapide, pratique, ludique, bon pour la santé…)
3. Prévoir une heure de conduite à vélo obligatoire pour passer le permis de conduire
Cela permettrait aux futurs conducteurs de se mettre dans la peau d’un cycliste sur la route et de se rendre compte de leur vulnérabilité. Les auto-écoles pourraient sous-traiter l’atelier à des entreprises de vélo ou mutualiser un vélo cargo (pour les personnes qui ne savent pas faire du vélo).
Plus largement, la réussite du permis devrait être davantage orientée vers le respect des autres que sur la maîtrise de la conduite (dimension “pilote de course”) qui reste survalorisée dans l’obtention du permis en France (que ce soit lors de la formation initiale des conducteurs ou en formation continue).
En parallèle, les moniteurs d’auto-écoles devraient être mieux formés aux droits des cyclistes et à la pratique du vélo.
4. Former les policiers aux droits des cyclistes pour créer une culture vélo partagée
Les mesures du code cycliste sont généralement ignorées. Il faudrait prévoir un module de formation lors de la formation initiale et continue des policiers municipaux et nationaux. Ces fonctionnaires ont malheureusement trop souvent des préjugés envers les cyclistes, estimant qu’ils l’auraient “bien cherché”, et ont tendance à sous-estimer les comportements dangereux des automobilistes.
Il faudrait aussi leur rappeler leur obligation de prendre en compte les plaintes des cyclistes victimes d’agression.
5. Fermer les sites recensant les radars et présences policières
Ces outils proposés par Waze et des groupes Facebook permettent aux conducteurs d’enfreindre la loi (vitesse, alcool, comportements dangereux) en toute impunité, sans crainte d’être inquiété. C’est particulièrement dangereux en milieu rural pour les cyclistes.
En outre, les contenus sur les réseaux sociaux incitant à commettre des violences sur les routes devraient faire l’objet d’un délit d’incitation et d’apologie de la délinquance et la haine routière.
6. Cibler les multirécidivistes en augmentant les retraits de permis et les mesures immédiates
Actuellement il faut tuer quelqu’un pour avoir son permis enlevé et ceci que pour seulement quelques années, pas à vie. Il faudrait recourir plus souvent au retrait de permis. Si la mobilité est un droit essentiel, cela ne doit pas être un droit d’avoir un permis à conduire mais une possibilité conditionnée au fait de respecter les autres. Nous soutenons la possibilité de retrait à vie du permis de conduire avec des durées incompressibles pour les auteurs d’accidents mortels (le juge pourrait lever cette mesure à l’issue de la durée incompressible).
Nous préconisons aussi de durcir le processus de récupération des points, en limitant le nombre de points récupérables grâce aux stages et la possibilité de répéter les stages.
Les comportements violents doivent être sanctionnés rapidement – sans attendre un procès qui peut prendre plusieurs années – en rendant effective les mesures administratives immédiates (type confiscation du véhicule, à l’image de la suspension de permis) qui ne sont qu’exceptionnellement mises en œuvre en cas de mise en danger volontaire des autres usagers de la route et en particulier des plus vulnérables.
7. Continuer à faire évoluer le code de la route pour intégrer la spécificité du vélo
L’objectif est de rééquilibrer les règles face à un code de la route encore très axé sur les automobilistes pour faire descendre la violence motorisée. Cela signifie faire du double sens cyclable et du tourne à droite (M12) la norme, le panneau est l’exception de franchissement (autorisation en l’absence de panneau). La généralisation de ces règles permettrait une meilleure compréhension par les autres usagers de la route.
8. Éduquer pour dissocier conduite automobile et stéréotypes masculins
Les hommes représentent 84% des auteurs d’homicides routiers et on compte 1 femme pour 9 hommes dans les stages de récupération de points. Il est essentiel de s’attaquer à ce problème de la masculinité toxique si on veut changer en profondeur les comportements.
Pour cela, nous proposons de généraliser les ateliers sur les stéréotypes de genre dès l’enfance pour réduire les prises de risque au volant des hommes. La croyance dans la compétence naturelle des hommes à conduire les conduit à se surestimer, d’où des vitesses excessives ou des conduites en étant alcoolisé.
Volet 2 – Changer les aménagements
1. Faire établir par le CEREMA des normes contraignantes minimales pour bannir les infrastructures induisant des cohabitations dangereuses
Constitution d’un référentiel négatif visant à interdire la mise en œuvre (et le maintien en service) des infrastructures induisant des cohabitations dangereuses (par exemple les bandes cyclables dangereuses – trop étroites et/ou accolées au stationnement). Ce référentiel serait opposable aux collectivités. Le non-respect du référentiel négatif engagerait la responsabilité des collectivités en cas d’accident.
2. Faire du référentiel Cerema un référentiel positif avec différentes gradations pour pousser les aménageurs à augmenter la qualité des aménagements
Ce référentiel serait incitatif afin de ne pas bloquer la création d’aménagement qui ne serait pas au niveau du référentiel, les financements par l’Etat/la région/les départements pourraient être indexés au niveau de qualité des infrastructures.
À noter : Ces deux propositions doivent faire l’objet d’une consultation auprès du CEREMA et d’un conseil juridique pour avis.
3. Impliquer les associations dans les différentes étapes de réalisation des aménagements cyclables
Généraliser la concertation en amont de la réalisation des infrastructures cyclables et mettre en place un contrôle de ces infrastructures au moment de la livraison pour s’assurer de leur bon fonctionnement. Ce contrôle pourrait être réalisé par une commission multipartite impliquant les associations.
4. Reprendre les aménagements clairement source d’accidents ou de risques évidents d’accidents (points noirs et zones de travaux)
Il s’agit d’en finir avec aménagements pas assez sécurisants et notamment :
- Revoir le phasage des feux verts piétons et vélo qui doit favoriser la sécurité et non donner priorité à la fluidité automobile
- Sécuriser la coupure des aménagements par les motorisés tournant à droite
- Rendre obligatoire la mise en place d’une déviation cyclable quand il y a des travaux : assurer la continuité de l’itinéraire cyclable
Pour soutenir la lutte contre les violences motorisées, vous pouvez signer la pétition et témoigner sur le site de la Fédération des Usagers de la Bicyclette.