Recours contre l’interdiction de circuler à vélo dans la rue Saint Denis à Colombes

La Ville de Colombes a adopté, le 21 mai 2026, l’arrêté permanent n°2026-2297 relatif à l’aire piétonne « Rue Saint-Denis ».

Cet arrêté interdit la circulation des vélos, des trottinettes électriques et des autres engins assimilés sur l’ensemble du périmètre concerné. Cette interdiction s’applique également aux deux zones de rencontre situées à l’intérieur de la rue Saint-Denis. Les usagers concernés doivent mettre pied à terre et conduire leur engin à la main.

Estimant cette mesure générale contre-productive et disproportionnée, MDB Colombes a déposé un recours gracieux auprès de la Ville afin de demander le retrait ou la modification de ces dispositions.

Un arrêté ambigu qui crée des tensions

De nombreuses personnes se sont interrogées sur le champ d’application de cet arrêté. Seuls les vélos électriques sont-ils concernés ou l’ensemble des cycles ? Malgré les affirmations du Maire, qui a confirmé que la mesure ne visait que les vélos électriques, la Police municipale a arrêté l’ensemble des cyclistes en leur demandant de mettre pied à terre.

Nous avons alerté le Maire sur cette problématique ; il nous a assurés qu’il prendrait contact avec le directeur de la Police municipale. Quelques jours plus tard, celle-ci a commencé à verbaliser tous les cyclistes, y compris ceux utilisant des vélos musculaires. Bien que plusieurs personnes aient présenté la réponse du Maire précisant le champ d’application de l’arrêté, les agents ont insisté pour appliquer la réglementation selon leur propre interprétation. La source du problème n’est pas les agents, mais bien une formulation ambiguë dans le texte de l’arrêté.

Un report vers des axes moins sécurisés

La traversée de la Rue Saint-Denis constitue un itinéraire central et relativement apaisé.

Son interdiction aux cyclistes les oblige à emprunter ou à rejoindre des axes où la circulation motorisée est plus importante, notamment la rue du Bournard et le boulevard de Valmy. Les aménagements cyclables y sont par endroits absents, discontinus ou insuffisamment protecteurs.

Ce détour concerne particulièrement les publics les plus vulnérables : collégiens et lycéens, familles, cyclistes débutants, personnes âgées et salariés se déplaçant quotidiennement à vélo.

Une mesure présentée comme destinée à renforcer la sécurité ne devrait pas avoir pour conséquence de déplacer ces usagers vers des voies plus dangereuses.

À quoi pourrait ressembler un aménagement sécurisé de qualité

Un champs d’application trop large

L’arrêté se fonde sur l’article R110-2 du Code de la route, qui définit deux régimes :

  • Aire piétonne : priorité aux piétons, présence conditionnelle des véhicules (allure du pas, dérogations), les cycles ne sont pas exclus par principe.
  • Zone de rencontre : circulation autorisée pour tous les usagers, priorité piétonne, vitesse limitée, circulation cycliste admise à vitesse très réduite.

L’arrêté 2026-2297 interdit totalement la circulation des cycles et engins assimilés dans ces zones, imposant de mettre pied à terre. Cette exclusion dépasse le cadre national et contredit l’esprit de ces régimes, qui visent une cohabitation apaisée entre usagers, surtout dans les zones de rencontre.

Les zones piétonnes et les zones de rencontre dans la rue Saint Denis

Une mesure particulièrement asymétrique

L’arrêté interdit totalement la circulation des cycles et engins assimilés, alors qu’il maintient des possibilités d’accès pour de nombreuses catégories de véhicules motorisés.

Peuvent notamment entrer dans le périmètre, sous différentes conditions :

  • les véhicules des résidents et des usagers de garages ;
  • les véhicules de livraison ;
  • les taxis et véhicules sanitaires ;
  • les navettes ;
  • les véhicules des services techniques et des entreprises de travaux ;
  • les véhicules bénéficiant d’une autorisation exceptionnelle.

Nous comprenons que certains de ces accès soient indispensables. Cette organisation montre néanmoins qu’une circulation réglementée reste possible dans la zone.

Il nous paraît donc incohérent que les vélos, véhicules légers et peu encombrants, soient soumis à une interdiction totale, sans qu’une solution intermédiaire ait été retenue.

Des solutions moins restrictives existent

La sécurité des piétons peut être assurée autrement que par une interdiction générale et permanente.

MDB Colombes propose notamment :

  • d’autoriser les vélos à circuler à l’allure du pas ;
  • de rappeler clairement la priorité absolue des piétons ;
  • d’imposer aux cyclistes de mettre pied à terre lorsque l’affluence ne permet pas de circuler sans gêner ;
  • de renforcer la signalisation et les actions de sensibilisation ;
  • d’envisager, si des difficultés précises sont constatées, des restrictions limitées à certains horaires ou à certaines parties du périmètre ;
  • de contrôler les comportements réellement dangereux, quel que soit le véhicule utilisé.

Ces solutions permettraient de protéger les piétons tout en préservant un itinéraire accessible aux modes actifs.

Ne pas opposer les piétons et les cyclistes

Les piétons et les cyclistes sont les usagers les plus vulnérables de l’espace public. Ils ont un intérêt commun à la réduction du trafic motorisé, à l’abaissement des vitesses et à la création d’aménagements lisibles et sécurisés.

L’objectif d’un centre-ville apaisé ne devrait donc pas conduire à exclure les vélos tout en conservant de nombreux accès motorisés.

Nous défendons une organisation fondée sur la prudence, la courtoisie et la priorité aux piétons, plutôt que sur une opposition entre les modes actifs.

Ce que demande MDB Colombes

Dans son recours gracieux, nous demandons :

  1. le retrait des dispositions interdisant de manière générale la circulation des cycles et engins assimilés dans l’aire piétonne et les zones de rencontre ;
  2. la mise en place de mesures adaptées et proportionnées : signalisation, sensibilisation, contrôles ciblés ou règles horaires lorsque cela est réellement nécessaire ;
  3. une réflexion sur des itinéraires de substitution sécurisés si certaines restrictions devaient être maintenues.

Le recours gracieux a été transmis à la Ville le 18/07/2026. Nous attendons désormais sa réponse et informerons les habitants de la suite de cette démarche.

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