Le casque ne fait pas la sécurité

La Vision Zéro nous enseigne qu’aucun décès n’est acceptable et que la sécurité ne se décrète pas par arrêté préfectoral

Vincent Gaillot, co-président

Appel à une véritable stratégie Vision Zéro

Au lieu de multiplier les mesures d’affichage comme l’obligation du port du casque, Mieux se déplacer à bicyclette (MDB) demande à nouveau l’application des principes de la Vision Zéro, stratégie internationale visant l’élimination totale des morts et blessés graves sur la route. Cette approche systémique, déjà adoptée par plusieurs métropoles européennes, postule que l’erreur humaine est inévitable et que c’est au système routier de s’adapter pour protéger l’usagère et l’usager, et non l’inverse. La Vision Zéro c’est une ville où piéton·nes et cyclistes n’ont pas besoin de casques et de gilets jaunes pour pouvoir se déplacer en sécurité. 

Concrètement, sa mise en œuvre en Île-de-France nécessiterait une concertation immédiate incluant l’Etat, les collectivités, les usagères et usagers, les professionnel·les, les urbanistes et forces de l’ordre pour co-construire :

  • La généralisation des zones à 30 km/h et des contrôles pour en assurer le respect ; des zones de rencontre ;
  • Un réseau continu et protégé de pistes cyclables à Paris et dans les départements franciliens, la sécurisation des carrefours les plus dangereux ;
  • Le déploiement urgent de bancs de contrôle de vitesse, trop longtemps refusé par la Préfecture de Paris, pour retirer de la circulation les EDPM (engins de déplacement personnel motorisés) débridés ou non conformes à la réglementation ;
  • La participation systématique des Préfectures aux différentes instances de pilotage des politiques de déploiement de pistes cyclables (comités vélos, comités politiques, etc.) comme cela fut brièvement le cas après le meurtre de Paul Varry ;
  • Une collaboration accrue entre les forces de polices nationale et municipales pour apaiser l’espace public et changer les comportements : formation des adultes, alternative à la sanction, mises en situation, etc. 

MDB s’élève donc aujourd’hui contre les initiatives désordonnées d’arrêtés municipaux et préfectoraux rendant obligatoire le port du casque et du gilet rétro réfléchissant pour les usagères et usagers d’EDPM, et dans certains cas des cyclistes, sur une partie du territoire francilien. Entrées en vigueur début août 2026, ces mesures ne compenseront pas les enjeux de sécurité routière délaissés par les pouvoirs publics. Elles créent par ailleurs une insécurité juridique et une illisibilité des règles en instaurant un code de la route à géométrie variable entre communes et départements franciliens.

Une réponse inadaptée aux enjeux réels

Si la sécurité routière est un impératif partagé par toutes et tous, ces arrêtés font peser l’entière responsabilité de la sécurité sur les usagères et usagers les plus vulnérables, les faisant passer pour responsables des accidents dont elles et ils sont victimes, tout en exonérant les aménageurs du territoire. MDB rappelle que ces personnes sont très majoritairement tuées lors de collision avec des véhicules motorisés et que le casque est un équipement dérisoire et inutile dans ces situations. 

Mettre fin au laisser faire sur les EPDM

Alors que MDB réclame depuis quasiment deux ans le déploiement de bancs de contrôle de vitesse dédiés aux EDPM et aux vélos débridés (speed bikes, faux vélos, etc.) – une mesure éprouvée et efficace dans plusieurs régions françaises et pays européens pour retirer de la circulation des véhicules débridés illégaux –, la Préfecture de Police de Paris a jusqu’à présent refusé de s’en équiper. De la même manière, l’Etat faillit à faire respecter les normes, autorisant la commercialisation de trottinettes et autres engins non conformes à la réglementation, capables d’atteindre des vitesses bien supérieures à leur limite théorique. La première priorité des pouvoirs publics devrait être de retirer ces engins de la route. L’obligation d’assurance des EDPM est aussi très peu contrôlée ce qui aboutit à faire rouler des personnes non assurées en cas d’accident et à une multiplication des délits de fuite.  

Ces obligations détourneront les contrôles policiers des comportements routiers qui sont dangereux pour les autres. L’association regrette qu’ils soient davantage orientés vers le respect de ces nouvelles obligations qui ne constituent en rien une garantie d’apaisement des comportements des utilisateurs d’EDPM souvent jeunes et enclins à des prises de risques excessives pour eux-mêmes et pour les autres. A l’image de la lutte contre les oreillettes, l’affichage de nouvelles règles n’empêche pas les comportements dangereux qu’ils soient commis par des automobilistes, des cyclistes, ou des trottinettistes. 

La Vision Zéro nous enseigne qu’aucun décès n’est acceptable et que la sécurité ne se décrète pas par arrêté préfectoral. Elle se construit par une refonte profonde de l’aménagement urbain, des comportements, par des outils de contrôle adaptés et une responsabilité partagée des concepteurs du réseau. Aujourd’hui, les autorités préfectorales choisissent de se dédouaner de leur échec à assurer l’apaisement des rues sur les usagères et usagers vulnérables.

Crédit photos : Hugues Deltell

Cela pourrait également
vous intéresser !

Cela pourrait également
vous intéresser !

Cela pourrait également
vous intéresser !